Toi, hypersensible : tu peux survivre à ce monde.

Le monde est peuplé de choses douces et agréables.

J’en reçois des preuves chaque jour, à l’image de ce petit lémur se faisant gratter le ventre, pendant que vous vous torturez sur l’avenir du monde (Les lémurs n’ont aucune conscience de ce qu’est l’économie mondiale, ne les en blamez pas) :

Ou encore avec ce conte animé (dont la morale est que les enfants sont des petits vicieux, et les écureuils des dieux sur pattes. Mais mon avis a pu toutefois être biaisé par la mignonnerie absolue du design de l’écureuil) :

Voire avec cette recette ASMR de gâteau au chocolat (je vous mets au défi de ne pas mourir d’extase lorsqu’un son digne du chant des anges se fait entendre : celui des copeaux de chocolat délicatement broyés):

Il ne faut pas croire que les turpitudes du monde ne m’atteignent pas (j’aime utiliser le mot « turpitudes ». Il est de ses plaisirs que la langue française écrite procure, équivalent à ceux de copeaux de chocolat qui vous roulent sous le palais). Il n’est pas un jour sans que l’absurdité de l’âme humaine ne se rappelle à moi, avec son lot d’horreurs quotidiennes, la beauté de ses luttes, ou ses records délicieusement étranges (aka celui du plus gros navet du monde).

J’ai toujours fait partie de ces gens qui vivent les choses de manière intense.

Voir la fin du film Antartica (avec ces huskiesm abandonnés en au beau milieu du pôle sud, qui, après des semaines à s’en prendre plein les coussinets, finissent par retrouver leur troufion de propriétaire) suscite en moi la même émotion que lorsque j’avais découvert ce film aux alentours de mes huit ans :

Lorsque que je mange quelque chose de bon, j’ai parfois l’impression de vivre un véritable orgasme gustatif. Ce qui peut parfois être gênant quand quelqu’un me fait ingérer quelque chose de particulièrement goûtu pour la première fois (j’ai par ailleurs développé une certaine fascination pour l’anime du manga Shokugeki no soma qui est pour moi l’illustration parfaite de ce à quoi un « Foodgasm » peut ressembler. Après cela, vous ne m’inviterez jamais à manger chez vous) :

Face à une situation que je considère injuste, qu’elle soit grande ou petite, je sens souvent ce sentiment me prendre aux tripes et me transformer en passionaria courte sur pattes. Ce phénomène a pu donner lieu à certains éclats passionnés, ayant pour titre « Pourquoi la partie de la barre de métro accessible aux gens de petite taill est-elle toujours collante ? », à « Les personnes qui récoltent le cacao n’ont jamais goûté au chocolat!?? ».

Tous mes amis ont partagé le même témoignage à mon propos : lors de leur première visite en mon humble demeure demeure, il n’est pas rare qu’ils se soient retrouvés avec un truc chouette à manger improvisé, un thé, un burger maison à emporter, voire un plaid ou une session sur une machin pour masser les pieds en fonction des saisons. Ma famille a été le témoin de scènes surréalistes où ,enfant, je galopais après des lézards sans queue pour leur appliquer des pansements (pauvres bêtes). Ou lorsque la vue d’un chien poilu provoquait en moi des délires de joie infinis (et un passage de mains au travers des grilles en dépit de tout bon sens. Remarquez, je dispose toujours de l’intégralité de mes membres à l’heure où j’écris ce post).

Il en est de même pour mes tristesses, où le détail d’un mot a son poids, parce que je considère que tout a son importance. Que si les mots peuvent être des armes, des boucliers, des choses aptes à dénouer des tensions ou à en créer, on ne peut se permettre d’être tout le temps inconsidéré et léger dès lors qu’on y a recours. J’honnis la phrase : « Rhoo, mais je ne le pensais pas vraiment », ou : « Mes mots ont dépassé ma pensée », ce qui relève du non sens absolu, puisque ces mots ont servi à donner corps à quelque chose d’existant (une peur, un inconfort, une chose dont on essaie de se distancier).

Alors comment fait-on pour ne pas mourir écrasé par le poids d’un monde fait de béton armé ? Où l’on nous apprend qu’il faudrait réguler nos émotions comme on règle le thermostat d’un four pour cuire une dinde de noël . et tout cela pour vivre pleine heureux et être socialement accepté ?

Voici quelques astuces, que j’ai souvent appliquées à ma propre personne, et m’ayant permis de survivre à ce monde durant 35 ans (non sans quelques bleus à l’âme et sur l’orteil, mais aussi avec nombre de joies inégalables au compteur, qu’elles portent sur des sujets infimes ou d’importance. C’est bien là le plaisir et l’intérêt de notre existence sur cette planète terre).

Si cela peut aider quelques petites âmes joyeuses mais parfois meurtrie par la vie à y voir un peu plus clair, tout comme donner des clés de compréhension à ceux qui, dans leur entourage, auraient à prendre soin et à interagir avec l’un de ces Ewoks sensibles, j’en serais ma foi fort ravie.

1. L’hypersensibilité fait de vous un super-héros et non le contraire

Si l’univers peut vous donner de manière assez fréquente une légère envie de dégobiller, réduire votre petit cœur sensible en bouillie informe, le mettre à rude épreuve lorsque l’on n’en connait pas trop le manuel, tout en vous laissant la capacité de vous émerveiller le temps d’un poème, d’un fou rire entre amis, d’un truc qui vous surprend et vous laisse avec un sourire scotché aux lèvres pendants des heures, c’est que votre hypersensibilité vous a doté d’un super pouvoir à double tranchant : celui d’être une éponge émotionnelle.

Une bien belle illustration par @Garance Cg.

Parfois, vous ne comprenez pas combien un truc qui vous touche autant peut laisser votre entourage de marbre (Cf: Comme lorsqu’un pingouin connait un triste sort héroïque dans un documentaire de la BBC), ou alors, vous adoreriez vous coller des baffes retentissantes lorsque votre propension à prendre à cœur les problèmes de votre entourage tout entier empiète sur votre propre bien-être émotionnel (du problème de panaris de votre tata Janine, ou celui de votre collègue qui a mal dormi en raison de ses problèmes d’orgelet).

Sachez que tout super-pouvoir a pour corollaire de grandes responsabilités, et que dans le cas présent, vous avez été touché par la grâce: celle d’obtenir le super-pouvoir de l’empathie naturelle.

Non pas la gentillesse dont certains se servent pour être appréciés par d’autres humains, ou la capacité de plaindre l’humanité toute entière.

Non.

Celle de l’identification des émotions chez les autres et de la connection qui en résulte. Celle qui requiert de la part de beaucoup d’individus d’avoir à dévorer une bibliothèque entière de livres de développement personnel et d’observation pour l’acquérir.

Oui, oui, ce super-pouvoir est bien là, au chaud, entre vos mains.

Tout le monde ne pourra pas enfiler vos lunettes existentielles et émotionnelles. Cependant, vous disposez de cette capacité à vous glisser dans celle des autres, d’amener un peu de joie là où la noirceur semble avoir tout envahi, de compréhension aussi lorsque tout semble obstinément bloqué, voire de percer certaines carapaces que l’on pensait calcifiées à tout jamais.

Vous savez, il faut une certaine force pour pouvoir s’adonner à l’ironie drôlatique ou au détachement face à l’adversité de ce monde. Mais il en faut encore davantage pour avancer, continuer à avoir foi en l’humanité, et à s’émouvoir des petites et grandes choses qu’elle peut générer :

Et croyez-moi, vu le paquet de choses amères que la vie peut avoir en réserve, votre hypersensibilité est l’attribut d’un super-héro de l’ordinaire.

2. Le silence et le refoulement sont votre cryptonite

Tout comme les forces de notre ami Superman se trouvent minées par la présence de ce mine´ral tant redouté, celles de l’hypersensible sont anéanties dès lors qu’il-elle s’impose un certain refoulement ou s’astreint au silence.

Mais, tout comme Superman, votre meilleur ennemi n’est pas Lex Luthor ou un vieux bout de caillou, mais le jugement que vous pouvez porter sur vos émotions et vous-même.

La société a souvent prôné la mesure et le refoulement pour le bien-être et l’harmonie sociale. On ne peut décemment pas pleurnicher lorsque l’on a trop faim ou froid passé 2 ans, même lorsque l’on se retrouve coincé dans un événement auquel on a accepté de participer pour ne pas briser une si belle dynamique de groupe. Ou encore imploser d’ennui en pleine réunion, parce que l’on vient de passer 3 heures de notre précieuse existence à commenter la courbe d’un camembert excel. Depuis des années, l’hypersensible s’entend conter, quel que soit sont sexe ou son âge, qu’il faut veiller à ne pas trop exposer son ressenti, car : 1. c’est embarrassant / 2. de nombreux défouloirs émotionnels existent (le sport, Pornhub, les cours de pâtisserie en ligne, les collections de timbres, etc.).

Que fait donc l’hypersensible ? Il-elle entasse, entasse, sourit, et encaisse comme un gentil petit morceau de gelée humaine, ballotée par les émotions du mond, des gens, des camemberts Excel. L’hypersensible se dit que : 1/ Il-elle ne veut rien imposer au monde, parce qu’il-elle sait ce que cela fait hein, il-elle le RESSENT 2/Et puis cela n’est pas normal d’être à ce point sensible à tout, il faut s’endurcir le cuir tout de même (car les autres personnes doivent certainement avoir trouvé une combine utile pour leurs extrémités gelés et accorder les bruits de leur estomac à ceux des basses du DJ set / que personne dans cette salle de réunion ne semble être au bord de la rupture d’anévrisme, contrairement à vous).

Et lorsque le silence et le refoulement ont fait leur œuvre, c’est au moment le plus inopportun qu’un geyser émotionnel finira par jaillir, telle une lave brûlante s’échappant de l’anus de la terre :

L’analogie de l’anus étant là pour vous donner une petite idée de la douleur ressentie.

J’ai de nombreuses fois assisté à ces éruptions dévastatrices, chez moi ou d’autres hypersensibles aux éruptions bien plus spectaculaires (ces derniers avaient souvent pris l’option »Écorché-e par de dures expériences de la vie » , ce qui peut être une combinaison léthale).

Mes éruptions ont pu prendre la forme de conversations de l’espace :
– Ca va ?
– Oui oui *sanglot morveux*, ca va.
– Mais je sais bien que ca ne va pas….
– Si, si. *Double sanglot morveux*
– Bon, les gens qui vont bien n’ont pas de la morve dans la voix…
– Je…. Je……… C’EST QUE JE N’Y ARRIVERAI JAMAIS !!!!!! JAMAIIIISSSSS !

Ou alors de messages sortis de nulle part (Vous savez, comme celui envoyé bourré-e à l’ex à 4 heures du matin, mais en pire ?): « Je t’aime. Non mais, si,si, je t’aime vraiment hein…. » (Suivi par 10 pages de pure gênance, car l’hypersensible ne peut pas se contenter d’un messsage court, bourré, et mal écrit).

De ces expériences douloureuses (autant pour le destinataire que pour l’hypersensible), j’en ai tiré quelques enseignements fort salutaires pour tout hypersensible novice :

  • Les émotions sont saines. C’est les refouler et ne pas les analyser qui ne l’est pas : toutes vos émotions vous envoient un signal et donc un révélateur sur vous-même. Qui dit joie, dit bingo : vos avez identifié quelque chose à fort potentiel de satisfaction qu’il vous faudra garder précieusement. Qui dit colère, dit bingo également : sans doute y-a-t-il une peur, une frustration et quelque chose à creuser et à apprendre sur le sujet. N’en ayez pas honte, quoi que l’on vous en dise et n’essayez pas de les gommer sous un cynisme de surface ou une attitude de Monsieur/Madame Delajoieconstante.
  • Accueillez vos émotions comme elles viennent. Un propos vous blesse ? Exprimez-le au lieu d’encaisser et de vous dire que ce n’est pas grave. Un truc vous a rendu triste ? Pleurez si vous en avez besoin, vivez votre tristesse pour mieux en connaître la source. Et vous avez le pouvoir de la parole, ce qui est bien plus que ce qu’une amibe contrariée par l’existence peut espérer. Vous avez la légitimité et la possibilité d’en faire usage de manière franche et directe. Personne n’en mourra.
  • Ayez un entourage de qualité et qui vous comprenne. Cela peut paraître très con et avoir l’apparence d’une lapalissade, mais oui : l’hypersensible a besoin d’un terreau de confiance pour s’épancher, verbaliser, connecter, donner, recevoir. Votre entourage peut avoir un mode de fonctionnement diamétralement opposé au vôtre, pouvoir débattre, analyser et comprendre nos cadres respectifs d’appréhension du monde est une clé pour laisser vos émotions s’épanouir sainement (alors oui, ils devront certainement se faire à l’idée que vous avez parfois besoin de pavés de 6 page pour laisser libre-vous à toutes ces choses qui peuplent votre cerveau. Mais ils savent qu’ils pourront bénéficier de danse de la joie et de claquettes à toute heure du jour ou de la nuit s’ils en ont besoin. Qui ne voudrait pas de claquettes à 6h du matin pour se réveiller, voyons ?).

3. Le standard de l’hypersensible est l’authenticité

Dans une scène de Nymphomaniac de Lars Von Triers (Un film qui ne sera pas à regarder avec votre Mamie Marguerite entre deux Scrabble, sauf si Mamie Marguerite a l’esprit très très ouvert), la voix off de Charlotte Gainsbourg a ces mots : « Peut-être que la seule différence entre moi et les autres personnes c’est que j’ai toujours demandé plus au soleil couchant, de plus belles couleurs quand le soleil frappe l’horizon. C’est peut-être mon seul péché« .

C’est pourquoi un cake au citron de facture moyenne, déguisé sous un glaçage outrageux, me paraîtra toujours une fraude impardonnable : quand on connait la beauté du potentiel de quelque chose d’aussi simplement bon, on en voudra toujours une version efficace, et sans artifice. Un cake n’a pas forcément besoin d’un glaçage de l’espace, et comme dirait l’un de mes super-héros personnels : « La sophistication ultime est la simplicité ».

L’hypersensible ne demande pas la lune. Il-elle souhaite simplement profiter de l’extraordinaire dans chaque petit morceau de l’ordinaire. De mots gentils et sincères qui ne cherchent pas de faveur, d’une blague donnée juste pour le plaisir de faire rire, d’un moment de bonheur qui s’il n’est pas infini sera pleinement vécu. L’hypersensible sait que l’authenticité brutes des choses a bien plus de valeur que n’importe quel diamant (mon adage étant : « Point besoin de pierres précieuses ou de flatteries. Donnez-moi juste le cake au citron ultime, une blague sur le pénis du voisin et la faveur d’un échange humain véritable »).

Alors oui, L’hypersensible a besoin de ses moments de refuge, peut être intense et exigent dans ses moments de plaisirs, car ils devront compter « pour de vrai », préfèrera souvent la réserve à celle du bon mot à tire-larigot, et sera toujours touché par le don d’un caillou ramassé dans cet endroit où l’on se promenait souvent-tu-te-souviens, ou de cet-endroit-où-n-a-mangé-un-super-burger (ce qui entraîne souvent de cruels dilemmes lorsqu’il est question d’effectuer un tri de ses possessions),.

Parce que l’hypersensible sait à quel point ces moments de grâce, de joie intenses et authentiques, sont si fugaces, intenses et particuliers. Qu’u’il faut savoir pleinement en apprécier chaque petit bout.

Pour conclure, je ne saurai que trop vous recommander l’excellent épisode sur l’hypersensibilité de la série Émotions du Studio Louie Média (dont l’ensemble des productions sont autant de petits cake au citron émotionnel).

Dans un autre registre, il y a ces courts-métrages qui ont quelque peu provoqué ces petits pincements au cœur si particulier, tel que « Still Wylde » (mon nez a un poil piqué. C’est drôlement humain sur un sujet particulier. En anglais only) :

Tout comme celui de Bastien Dubois « Souvenir-Souvenir » (Point de sous-titre nécessaire) :

Prenez soin de vous.

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