Les contes du confinement partie 1 : celui où mes questions existentielles portaient sur le cake à la banane plutôt que sur le sens de mon existence.


Préambule :

Il y a un an de cela, les pangolins commençaient à accéder à une notorité mondiale, mais ignoraient qu’ils allaient devenir les super stars du règne animal. Ces derniers essayaient déjà de survivre à l’extinction qui les guettait quand l’opinion publique s’est mise à les regarder de travers (pourtant, vous noterez le fort potentiel de mignonnerie de ce petit être à écailles) :

Il y a un an de cela, j’ignorais que Treat (mon aloe vera du bureau), Pedro (ma vieille tasse de thé, ornée de la meilleur pièce de poésie moderne anglo-espagnole, soit : « Let’s fiesta hasta mañana », je vous ferai grâce de la traduction), et moi-même, allions embarquer en l’espace de quelques semaines pour une expérience de travail d’un nouveau genre : celle où les réunions de travail pourraient se faire en bas de pyjama, avec un foulard artistiquement noué pour cacher une masse de cheveux gras.

Il y a un an de cela, « Le monde d’avant » évoquait pour moi quelque chose entre Myspace et la guerre du feu.


Dans  »le monde d’avant », j’aurais compris immédiatement ce qui clochait dans le journal qu’a photographié Neil Gaiman, en Nouvelle-Zélande.

Sauf que dans ce monde-ci, mon cerveau est resté hypnotisé par deux mots : « pique-nique communautaire » et « musique live en plein air ». Des images de tout un tas de gens qui dansaient pieds nus sur l’herbe en croquant des chips se sont formées, et j’ai ressenti ce petit pincement nostalgique au fond de l’estomac : celui qui vous rappelle que la situation dans laquelle nous nous trouvons est bien fragile. Celui qui donne l’espoir qu’un jour ou l’autre, il y aura à nouveau de ces moments remplis de danse, de joie, de semi déshydration due à une overdose d’ingestion de chips, de musique en plein air.

Parce que ce mélange d’espoir et d’incertitude coexiste plus que jamais, j’ai eu envie de fouiller dans les archives de mars 2020, de voir ces bouts d’écrits et de réflexions brutes que je n’avais jamais songé à publier auparavant.

P.S: Mon moi de mars 2020 n’avait définitivement pas plus l’âme d’une poétesse que celui de 2021. Vous voilà avisé(e)s.


Barcelone, le 16 mars 2020.

Je suis face à un cas parfait de non sens existentiel.

Il est évident que le monde est au bord de quelque chose que l’on pourrait qualifier d’énorme. Et si le terme « énorme » est plutôt positivement accueilli dans l’industrie du porno, on ne peut pas en dire autant lorsqu’il s’applique à un cas de pandémie.

Maintenant que le ton de cette publication est clairement aiguillé dans le sens de la subtilité, autant vous partager l’état d’esprit des différentes personnes qui m’entourent (non pas que cela soit d’une importance capitale, mais ne ruinons pas là les prémisses de notre relation naissante de lecteur/auteur).

Tout d’abord, il y a ceux qui semblent se faire une joie de me rappeler chaque jour à quel point nous traversons une situation merdique. À quel point l’économie s’achemine vers une catastrophe merdouillante de grande ampleur. Et ô combien mon être semble refléter le chaos fe´cal ambiant (N.B: les vieux leggins et les cheveux gras ne sont pas des problèmes d’une importance capitale ces derniers temps. On peut toujours masquer le tout derrière un filtre de lapin mignon. Ou juste garder sa caméra désactivée dans un contexte professionnel de travail à distance. Sauf si vous en êtes arrivés à un point où votre dignité ne se calcule plus à l’aune d’un cuir chevelu gras près).

Ce type d’interactions pourrait donner lieu à un best seller d’un nouveau genre : « Ces conversations WhatsApp qui me donnent envie de me recroqueviller en position fœtale pendant dix minutes, tout en réclamant ma mère » (non, non. Je ne suis pas une drama queen. Juste française et hypersensible).

“ – Hey, tu savais que le taux de contamination dans ton quartier par heure est comparable à celui qu »il faut pour atteindre la rupture de stocks de masque à Paris?

– …

– Et est-ce que tu as regardé ce site coronavirustracker.org?

– Non. Mais je peux te partager la dernière recette à trois étages de cookies de ma coloc. J’essaie de renforcer mon système immunitaire en ingérant assez de de sucre pour trouver la force d’effacer totalement cette conversation de mon esprit.”

Et puis il ya ceux qui ont décidé de prendre à bras le corps ce grand bordel de crise internationale. Sans savoir aucune idée de ce que l’avenir leur réserve. Sans savoir quoi en penser. Mais en essayant de continuer leur chemin autant que possible (avec généralement l’aide de la Divinité du Streaming).

Et puis il y a mon cerveau, qui a décidé de se mettre à rechercher comment faire pousser des avocats, mettre des fleurs sur une terrasse, ou se demande si l’on peut jouer de la guitare avec le nez.

Sachez que je n’ai pas la réponse à cette question, mais qu’ainsi, j’ai connu l’excellent opéra de Shostakovich où des gens font des claquettes, déguisés en nez géants :

En parlant de nez, ce n’est pas que mon esprit refuse de voir le panneau géant « Là, ça craint » qui est planté juste devant le sien.

C’est juste qu’il réagit de façon inhabituelle, voire étrange, dès lors qu’il est confronté à une situation ou à des faits inconnus (mon esprit recèle de trésors d’inventivité dès lors qu’il est question de le préserver des aspérités du monde).

Lorsque je dois dire quelque chose à propose de quelque chose ou de quelqu’un, ce n’est pas l’évidence qui me vient à l’esprit. Il semblerait que mon cerveau soit condamné à se concentrer sur LE détail insignifiant.

Prenons l’exemple de Martin Luther King.

Alors bien sûr, il y a l’évidence même de ‘’I have a dream’’.

Mais lorsque je pense à Martin Luther King, PAF. Tarte aux noix de pécan (je sais, je sais). C’est toujours avec émotion que je me souviens qu’il s’agissait de son gâteau préféré (savoir sans lequel vous pourrez vivre une existence paisible).

Alors ceci peut vous paraître comme un fait de haute insignificance. Que nenni. La tarte aux noix de pécan requiert un haut degré de technicité pour parvenir à l’équilibre parfait, celui où noix de pécan et sucré se combinent en parfaite harmonie. Et les personnes capables de reconnaître et d’apprécier cette pure œuvre d’art culinaire sont généralement des personnes d’exception à mes yeux (le jour où un dictateur écrira une ode à la noix de pécan sera un jour de deuil immense dans mon monde).

Je suis trop distraite par la foule des détails insignifiants que recèle ce monde. Tellement que je persiste à me cogner contre des murs (des vrais), à me prendre les pieds dans mes propres jambes, ou à manquer mon arrêt de métro. Parce que le monde de l’insignifiance me rassure et distrait mon cerveau de l’effrayante vision globale.

Je suis face à un cas parfait de non sens existentiel.

Parce que lorsque je sors faire mes courses de la semaine (ces courses devenues un moment de bonheur inédit et de liberté, où je chante « I miss you » aux fromages dans les rayons), je me sens comme au début d’un mauvais épisode de The Walking dead. Mauvais parce que des gens meurent pour de vrai. Parce que je me demande comment le papier toilette a pu devenir une telle obsession pour l’humanité.

Les chiens cachent des os. Les écureuils stockent des glands, et les humains considèrent qu’un derrière propre est d’une importance capitale dans un contexte de crise.

Je suis face à un cas parfait de non sens existentiel.

Parce que dimanche, j’au eu la chance de profiter d’un après-midi complet de ciel bleu, à chasser la vision d’un nuage qui prenait la forme d’un rouleau de papier toilette, du visage de Vladimir Putin, d’un drago. Et dque j’ai eu la chance de le partager avec des gens avec qui j’aime vivre (et manger des cookies au beurre de cacahuète).

Je suis face à un cas parfait de non sens existentiel.

Parce que mes amis et ma famille sont en bonne santé. Que ma mère a découvert la joie des filtres d’oreilles de lapin. Parce que des personnes sur Internet organisent des sessions de préparation de cookies au beurre de cacahuète en direct. Parce que je peux me dédier enfin à la liste de tous les podcasts de This American Life pour laquelle je n’avais jamais assez de temps.

Je suis face à un cas parfait de non sens existentiel.

Parce que je saisis pleinement à quel point les choses prennent un tournant qui n’est pas des plus joyeux. Combien tout cela est effrayant. Combien pour certains, vivre ce confinement est semblable à un enfer de solitude. Combien jongler entre une vie professionnelle, gérer le temps avec ses enfants, et la tempête de ses propres pensées sur le sujet du pourquoi cette obsession pourrie avec le papier toilette est difficile. Et parceque je n’ai pas à stresser sur le sujet puisque n’étant dans aucune de ces situations.

Je suis face à un cas parfait de non sens existentiel.

Et je suis en accord avec ce non sens. Parce que les choses entre parenthèse, ces chansons découvertes au hasard d’une playlist aléatoire, ces faits inutiles sur des tartes aux noix de pécans, ces lignes qui accrochent l’esprit au détour d’un livre ou d’un film, ces chansons inventées avec mes colocs autour d’une pizza, le nom donné à un avocat qui pousse, tous ces détails sont ceux qui font naviguer mon esprit là où il doit être en ce moment. Et s’ils parviennent à mieux me faire appréhender la réalité crue de ce monde, je vois pas en quoi ils devraient être définis comme insignifiants.

Parce que, qui sait… Peut-être bien que le dernier bouclier protégeant l’humanité de sa propre folie est sa capacité à créér des compilations de chiens poilus sur Internet intitulées : « Animaux poilus les plus mignons 2018″….






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